Une enfance déracinée

Pour les colons blancs du Canada, les indiens étaient considérés comme des êtres inférieurs aux croyances et à la vie spirituelle inacceptable.

A partir de 1874 et jusqu’en 1996, le gouvernement du Canada crée avec le soutien de différentes organisations religieuses, des établissements scolaires- 132 au total- appelés « pensionnats indiens » à travers tout le pays à l’exception des provinces de Terre-Neuve, du Nouveau-Brunswick et de l’Île-du-Prince-Edouard.

L’objectif, clairement défini, était d’intégrer les enfants dans le pays par l’assimilation de la culture dominante et de tuer l’Indien en chacun d’eux.

C’est ainsi que pendant plus d’un siècle, 150.000 enfants seront, dès l’âge de cinq ans, enlevés à leur famille, déportés loin de chez eux jusqu’à leur majorité sans aucune possibilité de revoir leurs proches.

Ils y seront traités de façons effroyables, entassés dans des dortoirs, – les organisations religieuses étaient payées par le gouvernement au nombre d’enfants qu’elles reconditionnaient- . La pratique de la langue autochtone comme la pratique et l’étude de leur culture y étaient interdite sous peine de châtiments corporels.

Ils devaient se laver à l’eau de javel sous prétexte que cela leur éclaircissait la peau.

Des milliers d’entre eux ont témoignés de sévices sexuels. Au cours de procès retentissant des centaines de religieux ont avoué les avoir pratiqués.

A l’exception de l’église catholique, l’ensemble des congrégations religieuses fera, à partir de 1993, des excuses publiques dans leur façon d’avoir administré les pensionnats indiens.

Ainsi, le six Août 1993 le Primat de l’Eglise anglicane au Canada, l’Archevêque Michael Peers. dans un discours télévisé déclarera au nom de l’Eglise anglicane : « Je suis désolé, plus que je ne pourrais l’exprimer, que nous ayons fait partie d’un système qui vous a arraché, vous et vos enfants, à vos maisons et familles. Je suis désolé, plus que je ne pourrais l’exprimer, que nous ayons tenté de vous remodeler à notre image en vous éloignant de votre langue et de vos signes identitaires »

En ce qui concerne l’Etat canadien, c’est en 1998 qu’Ottawa reconnaîtra les injustices et les sévices subis par les communautés autochtones lors d’excuses officielles présentées par la voix de Jane Steward alors Ministre des Affaires indiennes. Ces excuses ayant à l’époque été considérées comme insuffisantes quant à la question des pensionnats indiens, le Premier ministre Stephen Harper présentera 10 ans plus tard, le 11 juin 2008, des excuses complètes au nom des Canadiens dans un discours relatif aux pensionnats indiens, soulignant notamment que « il n’y a pas de place au Canada pour les attitudes qui ont inspiré le système des pensionnats indiens, pour qu’elles puissent prévaloir à nouveau »